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Christ Sauveur

Ascension – Cathédrale Saint-Louis

 

Chers frères et sœurs,

Vous avez tous vu ou entendu parlé du film Tanguy. C’est l’histoire d’un quasi-
trentenaire qui n’arrive pas à partir de chez ses parents. Parfois c’est l’inverse : des

parents ne veulent pas voir partir leur enfant : « mais enfin, tu es tellement bien à la
maison, pourquoi partir ? »
La même question se pose pour Jésus et les Apôtres.
Depuis 40 jours, Jésus ressuscité est avec les Apôtres et tout se passe bien. Les
apôtres pourraient dire comme les parents : mais enfin Jésus, pourquoi partir ? Tu
n’es pas bien, là ?
Et puis si Jésus est ressuscité, ça veut dire que non seulement il peut rester, mais il
peut rester éternellement !
C’est une question très sérieuse, ça. Pourquoi, une fois ressuscité, Jésus n’est-il pas
resté éternellement sur terre avec nous ? Comme ça il aurait pu révéler le Père à tous
les hommes de tous les temps ! Si l’objectif est l’avènement du Royaume de Dieu,
pourquoi ne pas avoir parcouru le monde jusqu’à cet avènement ?
Les Apôtres ne sont peut-être pas loin de penser que Jésus va effectivement poser ses
valises, parce qu’à les entendre, c’est à lui de tout faire, c’est à lui de se débrouiller
pour rétablir le Royaume d’Israël.
Jésus leur répond comme la plupart des parents à leurs enfants : maintenant, il va
falloir vous prendre en main, ne comptez pas sur moi pour tout faire à votre place.
« Vous serez mes témoins » dit-il, non seulement ici, mais « jusqu’aux extrémités de
la terre ».
Souvenez-vous qu’apôtre, ça veut dire « envoyé ». Pour devenir pleinement apôtres,
pour devenir ce qu’ils sont, les apôtres doivent quitter le nid, doivent devenir adultes
et poursuivre l’œuvre du Christ. Et comme des parents Jésus leur transmet le
nécessaire : l’Esprit Saint.
Frères et Sœurs, l’Ascension que nous célébrons aujourd’hui, c’est le départ
nécessaire de Jésus pour que nous devenions ce que nous sommes, c’est-à-dire des
porteurs d’Esprit Saint pour le monde, des porteurs de vie divine qui œuvrent à

l’avènement du Royaume. C’est notre vocation à tous. Nous sommes faits pour ça.
Si Jésus ne part pas, nous ne deviendrons jamais ces hommes-là.
C’est vrai qu’aujourd’hui, si au lieu d’avoir un Pape à Rome on avait Jésus à
Jérusalem, ça pourrait nous rassurer. Si Jésus était resté avec nous sur cette terre,
nous nous sentirions sans doute plus forts. Mais nous voyons que cette présence de
Jésus empêche les apôtres de grandir et d’accomplir la mission qu’ils ont reçue.
Un jeune homme peut se sentir plus fort chez ses parents, mais si à un moment donné
il ne coupe pas le cordon, il aura plus de mal à s’accomplir.
Les Apôtres auraient pu aussi plaider l’argument de l’efficacité ! C’est un
argument de poids ! Si au lieu de partir à l’Ascension, Jésus avait décidé de rester, il
aurait été beaucoup plus efficace que nous pour la mission qui est la sienne. Parfois,
déléguer veut dire perdre en efficacité.
Mais ce qui semble premier pour lui, ce n’est justement pas l’efficacité, c’est
l’épanouissement de notre humanité.
En fait, on peut le comprendre, parce qu’encore une fois, c’est exactement la même
chose pour des parents. Ce qui compte, ce n’est pas de protéger éternellement leur
enfant du monde extérieur, c’est au contraire qu’il s’épanouisse en ce monde, qu’il
soit capable d’y devenir adulte, d’y devenir lui-même, quelques soient les difficultés.
Il faut partir pour grandir et porter du fruit. Voilà un bon enseignement pour notre
vie chrétienne. Pour porter du fruit, il ne faut pas vouloir rester dans une relation
privée de moi avec mon petit Jésus. Il faut accueillir l’Esprit Saint qui est celui qui
nous met en route, qui nous ouvre au monde tel qu’il est, qui nous permet d’y être
des témoins heureux, quelles que soient les difficultés.
La départ de Jésus et l’envoi de l’Esprit Saint est gage de liberté et
d’accomplissement pour nous, à condition que nous nous ouvrions à la présence de
cet Esprit, qui est trop souvent le parent pauvre de la Trinité.
L’Ascension, le départ de Jésus est un cadeau qu’il nous fait, nécessaire à l’envoi
de l’Esprit que nous célèbrerons dans 10 jours. L’Esprit de Jésus est là, avec nous,
qui nous guide et nous laisse libres, libres d’œuvrer à son royaume.
Cela nous confirme encore une fois que la relation à Dieu n’est pas une relation de
dépendance mais bien une relation de liberté où nous avons à grandir et à nous
épanouir. C’est parfois frustrant mais c’est aussi la condition nécessaire pour passer
du statut de serviteur à celui d’ami du Christ. Amen. P. Louis Chasseriau

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