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Christ Sauveur

Dimanche de Pâques église du Sacré-Coeur – 17 avril

Chers frères et sœurs,
Si on pouvait voyager dans le temps, quand iriez-vous ? Moi, je serais bien tenté
remonter à ce matin de la résurrection, à Jérusalem, pour voir ce qu’il s’est vraiment
passé. Ce n’est pas que j’ai un doute sur la résurrection ! Je crois vraiment que la
tombe était vide. Mais j’ai comme une frustration à cause des Évangiles qui ne sont
pas un récit journalistique. Si on prend les 4 Évangiles, ça reste difficile d’établir la
succession des faits, minute par minute. Les Évangiles n’ont pas ce but. Ce sont des
récits théologiques, spirituels, qui nous donne le sens des choses.
Si on y regarde de près le récit de Jean, il y a clairement des trucs invraisemblables
dans le déroulement des faits.
Regardez Marie-Madeleine. C’est elle qui arrive la première au tombeau. Elle voit
que la pierre qui en fermait l’entrée a été roulée. Le tombeau est ouvert. Qu’est-ce
qu’elle aurait dû faire ? Qu’est-ce que chacun de nous aurait fait ? Entrer pour voir
si le corps était toujours là !
Mais Marie-Madeleine, elle, fait demi-tour pour informer Pierre et Jean. Elle ne
regarde pas à l’intérieur.
Du coup, Pierre et Jean arrivent en courant. Et là, 2e bizarrerie.
Jean était probablement plus jeune et plus sportif que Pierre, il court plus vite et arrive
en premier. Que fait Jean ? Il regarde de l’extérieur mais il n’entre pas non plus. Le
texte ne nous dit pas qu’il « voit », mais simplement qu’il « aperçoit » les linges,
comme pour nous dire qu’il reste bien éloigné. Jean était jeune, passionné, et il ne se
précipite pas à l’intérieur ? Et bien non, il attend Pierre.
Frères et sœurs, saint Jean veut clairement nous dire qu’il fallait absolument que ce
soit Pierre qui entre le premier. C’est Pierre, et personne d’autre, qui est LE témoin
en entrant dans la tombe.
Et c’est lui aussi qui, quelques mois plus tard, entre dans la maison du païen,
Corneille, pour être LE témoin du Christ ressuscité. C’est saint Luc qui le raconte
dans la 1e lecture.
Corneille est un centurion romain, il n’est pas juif. Pour la 1e fois, quelqu’un va briser
l’interdit juif et entrer chez un païen pour lui annoncer que Jésus de Nazareth est

ressuscité. C’est Pierre qui ose, qui franchit le Rubicon : désormais la Bonne
Nouvelle déborde les frontières d’Israël.
Souvent, on simplifie les choses en disant que Paul était l’apôtre des nations et que
Pierre s’est contenté au début d’annoncer la bonne nouvelle aux juifs. Mais non !
Pierre était sans doute moins motivé que Paul, mais c’est lui qui est le premier témoin
de la résurrection en dehors d’Israël.
C’est Pierre qui est le premier à dire que désormais il suffit de croire en Jésus pour
être sauvé !
Frères et Sœur, pourquoi cette première place de Pierre ? Lui qui a si ouvertement
renié le Christ ! Pourquoi est-il le dernier à arriver au tombeau et pourtant le premier
à y entrer ? Pourquoi est-il le moins motivé pour sortir des frontières d’Israël et
pourtant le premier à entrer chez Corneille ?
Parce que Pierre, c’est l’Église ! Il doute, il renie, il rechigne, il ne comprend jamais
du premier coup… et pourtant c’est à lui que Jésus a confié ce rôle de faire paître les
brebis, de fortifier ses frères. Sans doute parce qu’il est comme nous.
Pierre est l’Église ! Il est celui que Jésus a choisi, conscient de ses faiblesses, pour
que l’amour de Dieu soit transmis au monde. L’Église est celle par qui Jésus continue
de se donner aux hommes.
L’évidence est sous nos yeux, et même particulièrement douloureuse : l’Église est
très imparfaite dans sa réalité concrète, terre à terre. Parce que l’Église c’est nous,
c’est moi, c’est vous, c’est une belle assemblée de boiteux. Mais au-delà de nous,
l’Église porte en elle le mystère de la présence de Dieu en notre monde, mystère de
Jésus mort et pourtant vivant et qui continue de se donner, dans ses sacrements, dans
les trois baptêmes que nous allons célébrer ce matin.
Ensemble, nous formons l’Église, unis à François, successeur de Pierre. Et unis à
notre évêque, Georges, nous sommes Jean.
Jean est derrière Pierre : il voit et il croit. Jean, contrairement à Pierre, a besoin de
poser un acte de foi. Il y a Pierre qui est le premier, qui entre et ouvre ainsi au mystère,
et une fois que Pierre a attesté de l’absence de Jésus, alors Jean peut poser un acte de
foi, engager sa vie sur cette résurrection de Jésus.
Vous voyez ? L’Église nous ouvre au mystère de la résurrection. L’Église nous ouvre
au mystère d’un Dieu qui n’a jamais été aussi présent que dans le vide d’une tombe.

Elle nous ouvre au mystère d’un Dieu qui n’est jamais aussi présent que dans les
vides de nos existences.
L’Église nous ouvre au mystère de ce matin de Pâques : la vie de Dieu a vaincu la
mort. La vie de Dieu n’est pas limitée par les contraintes de la mort. Elle l’a battu à
plates coutures. L’amour de Dieu n’est limité par rien de ce qui fait notre humanité,
et mieux, Dieu, par amour, prend notre humanité pour la faire entrer dans sa vie
divine.
Frères et sœurs, à la suite de Pierre, de l’Église, nous pouvons entrer dans la tombe
vide. Nous pouvons voir et croire. Nous pouvons engager notre vie entière sur cette
incroyable nouvelle.
Désormais tout peut arriver, tout, personne ne nous prendra cette joie : nous ne
sommes pas faits pour la tombe, nous sommes faits pour le ciel. Soyons-en les
témoins par nos vies.
Amen.

père Louis Chasseriau

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