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Christ Sauveur

Homélie du 2ème dimanche de Carême – Année C – 2022

Cet événement de la Transfiguration survient sur cette montagne dans un temps que Jésus consacre à
la prière et s’y révèle de manière splendide son identité de Fils.
La prière est bien l’expression de tout l’être du Fils qui fonde et anime toute son existence terrestre : à
savoir sa relation de communion au Père.
La prière, voilà ce moment essentiel de notre vie chrétienne, à redécouvrir et à vivre davantage, durant
ce carême.
Un jour, le père Marie Eugène de l’Enfant Jésus, père carme, un grand spirituel du XXème siècle fait une
visite dans une école de Marseille. Il rencontre un groupe d’élèves. Un dialogue s’établit. Il questionne, il
écoute : Priez-vous? Comment se passe votre prière? Vous arrive-t-il de vous ennuyer? Une écolière
répond. Son temps de prière se passe habituellement dans le silence, sans paroles échangées. Et
pourtant, quelque chose l’attire irrésistiblement. Pour rien au monde, elle ne lâcherait les cinq minutes
qu’elle consacre chaque jour à la prière, elle souhaiterait même lui donner davantage de temps. Le
religieux fait mine de s’étonner. Pourquoi, comment, rester cinq, dix minutes, avec quelqu’un qu’on ne
voit pas, à qui on ne dit rien et qui ne nous dit rien non plus? La petite fille le regarde alors de ses grands
yeux et lui répond : « Ah, Père, c’est que vous savez, nous sommes deux! » « Elle avait tout compris,
commente le carme, encore émerveillé de ces mots pleins. Elle prenait contact avec Dieu! »
Oui la prière personnelle et silencieuse est ce temps offert, consacré au Seigneur, où il nous attend, « il
est là dans le secret » (expression de l’Evangile), où nous voulons être en sa présence, où nous nous
laissons façonner intérieurement, transformer, voire transfigurer par la lumière de son AMOUR.
Ste Thérèse d’Avila affirmait que la prière est un échange intime d’amitié où l’on s’entretient souvent seul
à seul avec ce Dieu dont on se sait aimé. C’est ce qu’on appelle dans la tradition de l’Eglise, l’oraison.
Nous sommes là au coeur de la foi chrétienne, la foi dans le Christ Jésus, qui nous choisit le premier
pour être ses amis (cf Jn) : L’amitié première du Christ appelle et inspire la nôtre, qui s’exprime de
manière éminente dans la prière, source de tout ce qu’il nous reste à vivre dans la journée. Et la prière
précisément nous apprend à vivre tout ce qui occupe nos journées en présence du Seigneur.
Alors ce matin, je vous propose quelques réflexions sur la prière et son rapport au temps, car il y a là de
vraies questions pour nous.
Pour commencer, première question, avons-nous (ou plutôt) prenons-nous le temps de prier, au delà
d’un Notre Père vite dit?
C’est vrai nos journées sont remplies, mais la prière n’est pas dans la liste des choses à faire, une parmi
d’autres activités. Non, elle est à la source de tout le reste : Celui qui m’y attend est ce Seigneur,
Créateur et Sauveur, par amour infini.
Alors la prière est d’abord une décision de notre part, qui manifeste concrètement que nous choisissons
en premier le Christ. Une priorité : nous choisissons de prendre ce temps pour le Seigneur avant tout le
reste.
Et il y a une deuxième décision : selon le conseil de St Ignace de Loyola, nous décidons de donner au
Seigneur un temps fixé. Nous choisissons le moment le plus adéquat pour nous et le temps fixé: 5mn,
15mn, 30mn. Nous discernons ce qui est faisable pour nous y tenir.

Pourquoi donc?
Car si nous n’avons pas déterminé ce moment auquel nous la finirons, il y a des chances pour que nous
partions, dès que se fera sentir une certaine lassitude.

Car, aussi précisément, la prière ne doit pas dépendre de notre ressenti de l’instant. Il s’agit de durer, au-
delà de ce que nous ressentons; nous savons dans la foi que le Seigneur est présent et ne cesse d’agir.

Et c’est bien lui que nous voulons écouter et rencontrer dans la prière.
Deuxième question : comment entrer en prière ?
Notre vie remplie d’activités peut nous maintenir à la surface de celle-ci et l’enchainement des choses à
faire, peut nous disperser.
Précisément pour entrer en prière, il s’agit de nous recueillir : c’est un beau mot. Comme lorsqu’on
recueille à la maison quelqu’un qui est abandonné. Ici nous nous recueillons nous-mêmes qui étions un
peu éparpillés, égarés à la surface de notre vie, à l’extérieur. Il s’agit d’entrer en nous-mêmes, en cette
intériorité,
– non pas pour faire le vide/ pour nous extraire du réel,
– non pas pour nous chercher nous-mêmes, nous centrer sur nous-mêmes, mais pour rencontrer
le Seigneur.
Il est important de ritualiser cette entrée en prière : par un geste : signe de la croix, ouvrir sa bible,
allumer un cierge, poser notre regard sur une icône.
Et puis en préalable à la prière, nous poser, nous concentrer :
– pour relire notre journée spirituellement,
– pour lire un passage d’Evangile, le méditer, le comprendre, l’accueillir comme porteur d’une
parole de Dieu pour nous.

Troisième question : que mettons-nous dans notre prière ?
Tout d’abord, ne pensons pas que la meilleure prière sera celle où nous aurons brassé intérieurement
une quantité d’idées et de belles considérations sur Jésus.
N’ayons pas peur de nous taire, pour laisser nous parler le Seigneur. Ici il s’agit d’un silence intérieur : se
tenir là en présence du Seigneur, car la prière n’est pas une réflexion par nous-mêmes sur nous-mêmes.
Nous vivons cette attente intérieure du Seigneur dans la foi, nous demeurons en sa compagnie.
Comme l’affirme Sainte Thérèse d’Avila, « la prière ne consiste pas à beaucoup penser, mais à
beaucoup aimer. »
Alors le Seigneur peut nous donner de mieux percevoir tel ou tel aspect de son mystère, un appel nous
rejoint ou des situations de notre vie s’éclairent d’un nouveau jour, à la lumière de cet Amour du
Seigneur.

Si certains jours cela nous semblait trop difficile, un texte biblique ou un texte spirituel peuvent être un
appui, pour nous relancer dans cette disponibilité intérieure.
Si notre prière semble être aride, difficile, ne succombons pas à la tentation d’arrêter la prière. Il s’agit de
demeurer, d’offrir sa présence au Seigneur : insensiblement le Seigneur nous façonne intérieurement.
Peut-être aussi, il nous fait passer d’une pauvre prière à une prière de pauvre. Ces pauvres de coeur
que le Seigneur aime et à qui il promet le bonheur car le Royaume des Cieux est à eux.

4ème question : que faire avec nos distractions dans la prière ?
Dans le silence établi pour la prière, il est fréquent que mon imagination, mes pensées occupent mon
esprit .

Et nous pouvons nous trouver alors emportés par elles très loin de la présence du Seigneur. Gardons-
nous de nous en étonner, encore moins de nous en irriter.

Revenons alors calmement à cette présence du Seigneur, là encore en restant au contact d’un texte
biblique ou bien encore en intégrant ces distractions, en en faisant une prière, si cela est possible.
Voici donc quelques réflexions sur cette prière personnelle que nous voulons vivre intensément durant
ce carême, cette heureuse et profonde expérience de foi que Ste Thérèse d’Avila définissait ainsi de
manière superbe :
« La prière est un échange intime d’amitié seul à seul avec ce Dieu dont on se sait aimé ».
Puissions-nous vivre la prière ainsi de manière renouvelée durant ce carême.
Amen
Père Bertrand Monnard 13 mars 2022

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