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Christ Sauveur

1 et 2 janvier 2022, Sacré-Coeur et Sainte Jeanne d’Arc

HOMÉLIE
1 et 2 janvier 2022, Sacré-Coeur et Sainte Jeanne d’Arc, La Rochelle.

Chers frères et sœurs,
Dans ses Essais, Montaigne écrit que « quand nous voyons un homme mal chaussé,
nous disons que ce n’est pas merveille s’il est chaussetier ». Il s’agit de la version
originale et un peu plus élégante de l’expression populaire selon laquelle ce sont
toujours les cordonniers les plus mal chaussés.
Et c’est un peu l’impression que laisse cet évangile de l’Épiphanie.
Nous sommes à Jérusalem, chez Hérode qui a réuni les grands prêtres et les scribes.
Les plus grandes autorités juives sont là et elles confirment que c’est bien de
Bethléem que doit venir le Messie. Ils sont formels. Les prophéties sont claires.
Mais pourquoi Hérode organise-t-il cette réunion en urgence ?
Parce que des mages, sorte d’astrologues, venus d’Orient, viennent de débarquer
dans son bureau en disant qu’un phénomène cosmique totalement inhabituel les a
menés jusque-là.
Hérode, sait parfaitement que selon les prophéties juives, ce phénomène serait
l’annonce de la naissance du Messie. Et là, c’est la panique, saint Matthieu dit qu’il
est « bouleversé, et tout Jérusalem avec lui », alors il convoque les plus grandes
autorités religieuses qui savent mieux que personne ce qui a été annoncé depuis des
siècles.
Ils savent qu’il y a d’abord eu les prophéties de Balaam qu’on trouve dans le livre
des Nombres (Nb 24) : « Ce héros, je le vois, mais pas pour maintenant, je le vois :
un astre se lève, issu de Jacob, un sceptre se dresse, issu d’Israël ». Quand Balaam
parle de l’astre, au départ, il parle du Sauveur lui-même, mais petit à petit, en Israël,
on a dit que la naissance du Sauveur serait annoncée par une étoile. Alors forcément,
quand les mages débarquent chez Hérode en disant qu’ils ont été guidés par une
étoile, Hérode prend l’affaire très au sérieux. Serait-ce l’accomplissement de la
prophétie de Balaam ?
Et la prophétie de Balaam n’est pas la seule, il y a aussi le grand prophète Isaïe que
nous avons lu pendant la nuit de Noël (Is 9) : « Le peuple qui marchait dans les
ténèbres a vu se lever une grande lumière ; et sur les habitants du pays de l’ombre,
une lumière a resplendi. (…) Oui, un enfant nous est né, un fils nous a été donné ! ».
Il y a également le prophète Michée (Mi 5) que Matthieu cite dans son Évangile :
« Et toi, Bethléem, terre de Juda, tu n’es certes pas le dernier parmi les chefs-lieux
de Juda, car de toi sortira un chef, qui sera le berger de mon peuple Israël ».

Bref, les prophéties sont multiples, elles convergent, et les grands prêtres les
connaissent par cœur. Alors quand ils sont interpelés par les mages, ils confirment :
oui, si l’astre que ces mages ont suivi doit les mener au Messie d’Israël, c’est bien à
Bethléem, en Judée, qu’ils le trouveront.
Et là, il n’y a rien qui vous choque ?
Les prophéties sont claires, les mages disent avoir suivi une étoile depuis l’Orient,
tout colle, au point qu’Hérode convoquent les mages en secret pour obtenir des
précisions. Et que font Hérode, les scribes et les grands prêtres ? Ils restent bien au
chaud à Jérusalem ! Hérode demande seulement que les mages repassent sur la route
retour pour leur en dire plus… Vous voyez le scandale ?
Eux, ces juifs savants, savent ce qui se passe. Les mages, eux, n’ont pas cette culture
juive. Ils se laissent seulement guider. Et au final, ceux qui se bougent, ceux qui
parcourent des centaines de kilomètres pour rencontrer ce Roi (non pas le leur, mais
le Roi des juifs), ce sont les mages, pas les grands prêtres.
Je veux dire, ces grands prêtres, en entendant le coup de l’étoile, auraient dû se lever
et courir à Bethléem, comprenant que les prophéties étaient en train de se réaliser.
Surtout que, pour ceux qui sont déjà allé en Terre Sainte, vous avez pu voir que de
Jérusalem à Bethléem, ce n’est pas la mer à boire… il y a 10 kilomètres. À pieds, en
2h, c’est fait. Ils pouvaient faire l’aller-retour dans la journée.
Et bien non, ceux qui auraient dû se précipiter à Bethléem restent tranquillement chez
eux, et ceux qui auraient dû rester chez eux à l’autre bout du monde, viennent voir
ce Roi qui, a priori, n’est pourtant pas le leur.

Et nous, aujourd’hui, dans quel camp sommes-nous ? Posons-nous vraiment la
question, individuellement, parce que l’enjeu spirituel est énorme.
Sommes-nous dans le camp de ceux qui, tranquillement, croient avoir tout bon et
restent à Jérusalem ? Ou dans celui de ceux qui savent qu’ils ne savent rien et se
laissent déplacer jusqu’à Bethléem ?
Allons-nous vivre la bonne nouvelle de Noël comme des grands prêtres ou comme
des mages ?

La réponse n’est pas évidente du tout ! J’en veux pour preuve que tout nous accuse
d’être des grands prêtres.
Pendant l’Avent nous avons relu toutes ces prophéties, que nous aussi nous
connaissons bien. Nous les avons relues, nous en avons célébré la réalisation, et
après ? Que faisons-nous de cette joie de Noël ?
Ces prophéties, allons-nous nous satisfaire de les savoir réaliser bien installés dans
nos canapés de Jérusalem, ou allons-nous nous lever pour rejoindre Jésus à
Bethléem ?
C’est une vraie question spirituelle ! Nous savons tous qu’il est si facile d’en rester
à la satisfaction d’avoir célébré Noël, et de l’avoir bien fait, tout comme ces juifs de
Jérusalem en sont resté à la satisfaction d’avoir interprété les prophéties.
Mais être chrétien, ce n’est pas être satisfait d’avoir raison. Être chrétien ce n’est pas
être satisfait d’avoir le vrai sens de Noël, contrairement à ceux qui célèbrent un Noël
païen.
Être chrétien, c’est se laisser sauver par Jésus qui vient dans notre humanité.
Sinon, on peut toujours se gausser d’être les défenseurs du vrai Noël, ça ne sera que
du vent. Ça ne sera que du vent si je ne suis pas capable de voir en quoi ce Noël surgit
comme une nouveauté salvatrice dans ma vie concrète.
Frères et sœurs, aujourd’hui, suivons la caravane des mages. Ne nous contentons pas
d’être à Jérusalem. Nous n’avons plus que 10 petits kilomètres pour rejoindre
Bethléem. Mais ces 10 kms, il faut absolument es faire, sans quoi nous passerons à
côté de celui qui vient nous sauver.
Amen

Père Louis Chasseriau

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