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Christ Sauveur

15 et 16 janvier 2022 Sacré-Cœur et Sainte Jeanne d’Arc

Homélie 15 et 16 janvier 2022, Sacré-Cœur et Sainte Jeanne d’Arc de La Rochelle

Chers frères et sœurs,
Je sais à quoi certains d’entre vous pensent… Les noces de Cana, le repas, le bon
vin, le sujet de son homélie est tout trouvé ! Il paraît que je me suis taillé une
réputation en la matière. Et puis cet évangile des Noces de Cana est magnifique, et
c’est vrai qu’il aurait été très agréable de l’approfondir un peu.
Mais non, j’ai ressenti la nécessité de nous tourner ensemble vers l’épître de saint
Paul, parce qu’il aborde un sujet essentiel pour notre foi et pourtant compliqué à
appréhender : c’est le sujet de la grâce. Soyons honnêtes, nous, les prêtres, prêchons
très rarement sur ce sujet parce que la grâce, c’est compliqué. Et c’est vrai pour tout
le monde : si je demandais, à chacun de vous, de définir la grâce, je ne suis pas sûr
que ce serait facile.
« Les dons de la grâce sont variés » écrit Paul. Un même Esprit Saint nous donne, à
chacun de nous, d’exprimer des dons différents, et ces dons sont des signes visibles
de la grâce de Dieu.
C’est beau, mais une question arrive vite. Puisque parmi les dons de l’Esprit, Paul
loge la foi, pourquoi Dieu donnerait-il la foi à certains et pas à d’autres ?
Dieu choisirait-il de donner cette grâce de la foi et les autres, à certains seulement et
pas à d’autres ? C’est injuste ! Don de sagesse, don de connaissance, don de la foi…
un même Esprit mais qui distribue ses dons comme il le veut, en mode arbitraire.
Au cœur de cette difficulté, il y a justement notre difficulté à comprendre la grâce.
Ce mot est partout ! Dans le langage courant : le droit de grâce, le coup de grâce, ou
bien l’expression « à la grâce de Dieu ». Elle est terrible cette expression ! Elle fait
de la grâce une sorte de hasard, un bienfait arbitraire, comme si Dieu c’était la
Française des Jeux.
Mais la grâce est surtout présente dans notre vie spirituelle : Marie, pleine de grâce ;
l’action de grâce ; « la grâce de Dieu le Père soit toujours avec vous » ; Seigneur,
donne-moi la grâce de ceci ou de cela.

Mais si la grâce ce n’est pas le loto de Dieu, qu’est-ce que c’est ?
On sent bien qu’elle est quelque chose qui vient de Dieu et dont on a besoin. Mais le
souci, c’est qu’on la comprend trop comme un moyen, comme un truc que Dieu nous
donne pour parvenir à quelque chose. Seigneur, donne-moi la grâce d’être guéri.
Seigneur, donne-moi la grâce de ne plus être orgueilleux.
Cette grâce existe. Je ne dis pas le contraire. Et moi le premier, j’en ai vraiment fait
l’expérience dans ma vie. Dieu ne cesse de nous faire des dons, de nous donnes des
grâces, comme celui de sa miséricorde, des dons qui ont pour objectif de nous mener
à la vie éternelle.
Cette manière de comprendre la grâce est juste, mais partielle. Parce que la grâce,
c’est aussi Dieu qui se donne lui-même. Dieu qui nous donne sa vie, son amour, en
nous donnant son Fils.
La grâce, c’est un cadeau de Dieu, là-dessus on est d’accord. Mais des cadeaux, il y
en a de plusieurs sortes.
Il y a le cadeau du type argent de poche, un coup de pouce, un pur moyen qui nous
permettra d’acheter un bouquin qu’on gardera toute sa vie, ou des bonbons qu’on
avalera tout de suite.
Mais il y a aussi le cadeau qui reste, qui a du sens au point de pouvoir changer votre
vie, comme une BD sur Saint François que vous offrez à votre petit-fils et qui le
marquera toute sa vie dans son rapport au pauvre.
La grâce de Dieu c’est pareil. C’est un cadeau qui peut être une aide concrète sur un
aspect précis de votre vie, mais c’est aussi un don plus global, plus grand, qui
transforme toute notre vie parce qu’il nous configure à la vie éternelle.
Vous voyez la différence ? Souvent nous comprenons mal la grâce parce que nous la
pensons uniquement comme un coup de pouce ou une récompense que Dieu va nous
donner pour parvenir à quelque chose. Comme de l’argent de poche. Mais c’est trop
réducteur. Dieu nous donne sa vie, pas des coups de pouce.
La grâce c’est aussi Dieu qui se donne à nous, totalement, pour nous diviniser. On
dit que la grâce ne supprime par la nature. Notre nature humaine, on la garde, mais
Dieu nous fait la grâce de nous donner sa vie pour nous permettre de dépasser notre
nature humaine, de nous diviniser, et cheminer ainsi vers la vie éternelle.

Et alors, quand on comprend la grâce de manière plus ample, nous pouvons mieux
comprendre la lettre de Paul.
Dieu veut donner sa grâce à tous en donnant son Esprit.
Les dons de la grâce, nous les recevons dans nos vies, dans ce qui en fait le terreau.
Et quand le terreau est bon, la grâce porte du fruit. Des fruits il y en a plein de sortes,
selon le terreau dans lequel l’Esprit tombe. Nos vies sont toutes différentes. Nos
caractères, nos histoires, nos qualités, nos défauts, ne sont pas les mêmes. Il n’est
alors pas étonnant que la grâce de Dieu produise des fruits différents chez chacun de
nous. Et cette différence, Dieu la désire. Il a fait de nous des êtres uniques.
Ces dons variés dont nous parle saint Paul, ce sont les fruits de la grâce, ces fruits
qui poussent dans les terreaux de nos vies, tous différentes les uns des autres.
Ce n’est pas si compliqué que ça, surtout pour vous, les parents ! Vous pouvez donner
le même amour à tous vos enfants, ils ne déploieront pas les mêmes talents et ne
prendront pas les mêmes chemins. Mais ce n’est pas parce que vous aurez choisi de
donner tel compétence à Pierre et telle autre à Paul. C’est parce que, comme chacun
est unique, avec le même amour et la même éducation, les fruits ne sont pas les
mêmes. Avec l’Esprit, c’est pareil.
Certains reçoivent le don de la foi, parce que leur terreau est favorable, parce qu’ils
se disposent à recevoir cette foi, par exemple par le baptême, parce que leur histoire
les tourne vers cette réalité de la vie…
Pour d’autres, c’est plus compliqué. Mais comme les parents avec leurs enfants, ne
doutons jamais que l’Esprit travaille et que Dieu n’a qu’un désir, c’est de voir pousser
partout les fruits de sa grâce, y compris celui de la foi.

Frères et Sœurs, reconnaissons que tous ces beaux fruits que nous portons dans nos
vies sont des fruits de la grâce de Dieu : c’est cela « rendre grâce », rendre à Dieu ce
qui vient de lui. Et tournons-nous vers la table de l’Eucharistie, pour accueillir le don
de sa vie.
Amen
Par le père Louis Chasseriau

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