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Christ Sauveur

Homélie de la Solennité du Christ Roi de l’univers

HOMÉLIE par le père Louis Chasseriau

22 novembre 2020, solennité du Christ-Roi, Cathédrale de La Rochelle.

Chers frères et sœurs,

En général, quand on célèbre une fête liturgique, l’Évangile est explicite : à Noël, l’Évangile nous raconte la naissance de Jésus ; à l’Épiphanie, il raconte l’adoration des Mages ; à Pâques, il raconte le matin de la résurrection, etc.
Aujourd’hui, nous célébrons le dernier dimanche de l’année liturgique. Nous célébrons le Christ-Roi de l’Univers.

Et que lisons-nous dans l’Évangile ? Et bien nous lisons une sorte de récit du jugement dernier, avec un roi certes, mais un roi qui peut sembler loin de notre idée du Christ régnant sur l’univers. Plutôt qu’un roi, nous y voyons un juge qui fait le tri entre les bons et les méchants. Vous savez, on retrouve tout à fait la représentation du jugement dernier peint par Michel-Ange dans la chapelle Sixtine. C’est un peu l’idée d’un Dieu qui s’est légèrement transformé en videur de boîte de nuit (« toi tu rentres, toi tu rentres pas »).

Le Roi de l’Univers, aurait-il finalement le profil d’un agent de sécurité ?

Il est difficile de voir Dieu comme un juge. D’ailleurs, on entend souvent des chrétiens dirent qu’ils croient en un Dieu d’amour et non en un Dieu qui juge. Des chrétiens plus proches de Polnareff qui chante « On ira tous au paradis », que de Michel-Ange qui peint la chapelle Sixtine.

Et pourtant, Jésus montre clairement dans cet évangile un Dieu-juge. Il veut faire comprendre à ses disciples comment les choses se passeront au dernier jour, quand il reviendra « pour juger les vivants et les morts ».
Alors la question qui se pose à nous est : quel genre de juge le Dieu de Jésus-Christ est-il ?

Pour répondre à cette question, regardons bien la parabole.
On y voit le Roi qui trie. Il met à sa droite « les bénis » et à sa gauche « les maudits ». Les bénis sont ceux dont la conduite n’a été que bonté : ils ont nourri l’affamé, visité le prisonnier, etc. Les maudits sont ceux dont la conduite n’a été que méchanceté. Autrement dit, le Roi ne juge pas tant les personnes que ce qu’elles incarnent. À droite la bonté, à gauche, la méchanceté. Comme souvent dans les histoires, il y a les bons et les méchants. La parabole nous montre des personnages qui incarnent la bonté ou la méchanceté. Le Roi incarne Dieu, ceux placés à droite incarnent la bonté, et ceux placés à gauche incarnent la méchanceté. Dieu ne juge pas ici des personnes

mais des comportements, il fait le tri entre le bien qui a sa place dans son Royaume, et le mal qui en a été définitivement rejeté.

Or, nous savons bien que nous ne sommes ni l’incarnation de la bonté, ni celle de la méchanceté. En nous cohabitent le bien et le mal. Dans notre vie quotidienne, nous sommes tous capables du meilleur comme du pire. Nous sommes les deux à la fois. Parfois, nous sommes à la droite de Dieu, et parfois à sa gauche.

Ainsi, au dernier jour, Dieu ne nous classera pas dans un camp. En revanche, il fera le tri entre ce qui, en nous, peut entrer dans son Royaume, et ce qui n’y entrera pas ; entre ce qui, en nous, est appelé à la vie éternelle, et ce qui est appelé à mourir. Et plus nous aurons fait de la place en nous à ce qui est appelé à la vie éternelle, plus nous entrerons aisément dans la vie de Dieu.

Le seul critère que Jésus nous donne, c’est l’amour : l’amour du Fils qui se traduit concrètement dans l’amour des autres. De sorte que, au dernier jour, la question qui se posera sera : aimons-nous suffisamment Jésus pour abandonner ce que nous devons abandonner, pour laisser mourir ce qui, en nous, doit mourir ?

Vous voyez, on est bien loin de l’idée d’un jugement d’une cour pénale. Le jugement dernier ne sera pas l’entrée dans une cour d’assises ! Ce sera plutôt l’entrée dans la cour du Roi. Un Roi qui aime ses enfants, un Roi miséricordieux, mais qui ne pourra pas faire entrer dans son royaume ce que ses enfants portent en eux de mauvais.

Un roi qui gouverne en opérant un tri entre ce qui est digne de son Royaume et ce qui n’y a pas sa place.

C’est ainsi qu’au dernier jour, la Création du monde sera accomplie. Le Christ sera Roi de toute chose parce que son Royaume de justice et de paix sera rétabli. Au dernier jour, le Christ, Roi de l’Univers, reviendra dans la gloire pour rétablir toute justice et faire entrer toute bonté dans son éternité.

Amen

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